Le rapport publié par l’ACAT-Burundi pour le mois de mai 2026 dresse le portrait d’une situation des droits humains particulièrement préoccupante.
Au cours du mois de mai, sept personnes ont été retrouvées mortes dans différentes régions du Burundi. Les provinces de Gitega et de Bujumbura sont les plus touchées. À elles seules, elles concentrent six des sept cas recensés , près de 86 % . Un dernier cas a été signalé dans la province de Buhumuza.
Les circonstances de ces décès révèlent un niveau de violence particulièrement préoccupant. Certaines victimes ont été tuées à coups de machette ou de gourdin. D’autres ont été étranglées ou abattues par balle. Plusieurs corps ont été retrouvés dans des circonstances qui restent encore inexpliquées, parfois à domicile, parfois dans le lit d’une rivière. Dans six cas sur sept, les mobiles des crimes demeurent inconnus.
Mais un autre constat retient l’attention de l’ACAT-Burundi : aucune enquête n’a été ouverte sur les sept homicides recensés durant le mois. Même dans le cas où un agent de la Police nationale du Burundi est cité parmi les auteurs présumés, aucune poursuite n’aurait été engagée. Le taux d’ouverture des enquêtes est donc de zéro pour cent.
Pour l’ACAT-Burundi, cette absence de réaction judiciaire contribue à installer une impunité quasi systématique.
Comme pour les mois précédents, les auteurs présumés de ces violations restent principalement des agents de l’État, notamment des membres de la police et du Service national de renseignement, agissant parfois avec des membres de la ligue des jeunes Imbonerakure. Quant aux victimes, ce sont généralement des opposants réels ou supposés , des acteurs de la société civile mais aussi des citoyens ordinaires.
Le rapport attire également l’attention sur les inhumations précipitées. Dans près de 29 % des cas documentés, les autorités locales ordonnent l’enterrement des victimes le jour même de la découverte des corps. Cette pratique empêche souvent la réalisation d’expertises médico-légales, compromet la conservation des preuves et réduit les chances d’identifier les responsables. Le rapport souligne qu’elle prive également les familles de leur droit à la vérité et à la justice.
Un autre sujet de préoccupation porte sur les enlèvements . Acat Burundi a recensé 5 personnes dans 4 cas distincts au cours du mois de mai. Selon les informations recueillies, plusieurs victimes auraient été attirées par des appels téléphoniques avant d’être enlevées. Le recours à des véhicules aux vitres teintées et la capacité d’opérer parfois en plein jour témoignent d’un sentiment d’impunité particulièrement inquiétant.
Un nouvel élément ressort des données recueillies au cours de ce mois . Parmi les cinq personnes enlevées figurent deux informateurs du Service national de renseignement ainsi qu’un policier en fonction. Cette réalité démontre que l’insécurité touche désormais même les personnes censées contribuer à la protection des citoyens.
Concernant les actes de torture et les mauvais traitements, quatre cas ont été documentés. L’un d’eux concerne un homme décédé à Gitega après des sévices attribués à des membres des Imbonerakure. Le rapport mentionne également le décès d’un détenu à la prison de Ngozi après un refus prolongé de transfert vers une structure médicale adaptée.
Face à cette situation, l’ACAT-Burundi formule plusieurs recommandations.
L’organisation appelle les autorités burundaises à ouvrir systématiquement des enquêtes indépendantes pour chaque découverte de corps sans vie, chaque enlèvement et chaque acte de torture. Elle demande également l’arrêt des inhumations précipitées et le respect des procédures médico-légales prévues par la loi.
L’ACAT-Burundi recommande par ailleurs le renforcement de l’indépendance des institutions nationales chargées de la protection des droits humains.
Enfin, elle invite la communauté internationale à maintenir une vigilance accrue sur la situation du Burundi et à conditionner son soutien aux progrès réalisés dans la lutte contre l’impunité.
Ce sont là les principaux enseignements du rapport de monitoring de l’ACAT-Burundi pour le mois de mai 2026.